vendredi 20 novembre 2009

L'année brouillard de Michelle Richmond


Pour ceux: qui ont suivi l'affaire Maddy McCann avec passion

Abby se promène sur Ocean Beach, une plage de San Francisco, avec la fille de son fiancé, Emma. Son attention se détourne quelques instants, et c'est le drame: Emma disparaît. Michelle Richmond nous emmène sur les traces d'Abby et de sa quête désespérée pour retrouver Emma. Alors que les mois défilent et que les espoirs s'amenuisent, Abby s'acharne sur ses souvenirs pour essayer de trouver l'indice qui la mènera à la petite fille et lui permettra peut-être de retrouver le bonheur perdu sur cette plage.

Ce livre est l'incarnation des cauchemars de tout parent: la disparition d'un enfant. N'ayant pas encore goûté aux joies (hum hum) de la maternité, je pensais que j'allais être moins touchée par ce livre. Etonnement, j'ai trouvé la première partie du livre absolument oppressante, stressante et obsédante. Je me suis complètement mise à la place d'Abby qui perd l'enfant d'un autre et j'ai imaginé l'horreur de la culpabilité.
Au fil des mois, une sorte de routine s'installe et on suit Abby dans ses questionnements perpétuels. Le rythme du livre et l'intensité ralentit alors grandement et on entre dans le "creux de la vague". Plusieurs billets parlent d'ennui à ce moment du livre, mais pour ma part, ces passages ne m'ont pas gênée. J'ai beaucoup aimé les réflexions sur le fonctionnement de la mémoire, sur la jeunesse d'Abby, sur San Francisco et sur la photographie. Jusque là donc, tout allait bien pour moi.
C'est en fait la dernière partie qui m'a déçue et la fin que j'ai trouvée très peu réaliste. Dommage, car ce roman m'avait vraiment tenue en haleine jusque là. Je reconnais cependant la difficulté de conclure de manière adéquate un livre sur ce sujet... mais j'ai l'impression que l'auteure a choisi la facilité.
Un bon livre tout de même, roman plus psychologique que policier haletant, qui amène le lecteur à un stade d'identification avec Abby assez angoissant. Malheureusement, une conclusion qui, selon moi, n'est pas à la hauteur.

En juillet, sur un plage de San Francisco nappée d'un épais brouillard, une petite fille de six ans, Emma, et la fiancée de son père, Abby, marchent en cherchant des coquillages. Abby, photographe professionnelle, détourne un instant son regard d'Emma pour fixer de son objectif un phoque éventré. Quand elle relève la tête, la petite fille a disparu. Le pire vient de se produire. L'angoisse et la panique s'installent ; où est Emma ? Emportée par les vagues rugissantes du Pacifique ? Ou par cette camionnette blanche entrevue sur le parking voisin ? Ou encore par le flot ininterrompu de voitures sur cette route de Californie ?... L'enquête piétine. La police est sur le point de classer l'affaire. Jake, le papa, se décourage tout en s'éloignant de sa fiancée qu'il en silence. Abby prend alors les choses en main. Armée des larmes du désespoir Et de l'énergie née de sa culpabilité, fouillant tous les recoins de sa mémoire à la recherche d'un détail crucial, elle nous emmène à des kilomètres de là vers une découverte stupéfiante... Roman psychologique à suspense, admirablement porté par une écriture visuelle et minutieuse, L'Année brouillard rivalise de talent et de lucidité dans l'exploration impitoyable de la disparition d'une enfant.

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE / catégorie roman

D'autres avis répertoriés sur Blog-O-Book.

RICHMOND Michelle, L'année brouillard, ed. Buchet/Chastel, 2009, 508p
RICHMOND Michelle, The Year of Fog, ed. Bantam Dell, 2007

mardi 17 novembre 2009

Tag de l'automne

Keisha m'a taguée sur le thème de l'automne et je trouve enfin un moment pour y répondre. Il était temps car l'hiver est déjà aux portes de Genève. Mais, toujours pas de neige en plaine, Keisha...

Le principe est simple, il suffit de citer sept choses qui rythment mon automne:

1. Les promenades avec mon homme et mon chien, dans les forêts désertées (mais où vont les autres propriétaires de boules de poils?), avec les merveilleuses couleurs de l'automne, le calme, l'odeur, la sérénité. J'adore!

2. Les CVs, lettres de motivation, annonces immobilières, recherche de master, assurances et autres papiers administratifs qui nous compliquent la vie. Je vous assure que la paperasse sur mon bureau est presque aussi épaisse que la couche des feuilles des arbres dehors.



3. Le boulot. Et oui, à l'approche de Noël, ça bosse dur au bureau.

4. Les préparations de voyage. Car oui, amis lecteurs, je vous annonce déjà que je vous abandonnerai en décembre pour partir à l'autre bout du monde, au pays des Kiwis, de la Haka et du Seigneur des Anneaux. Youpiiiii!

5. La préparation de la saison de snowboard et de ski que j'ai malheureusement loupée l'année passée. J'ai bien l'intention de me rattraper en 2010.

6. Les bons chocolats chauds. Mhhhhh!

7. Les lectures du Prix ELLE avec un rythme de croisière bien installé maintenant.

Voilà, je crois que ce tag a déjà pas mal circulé, donc je ne tague personne mais si l'envie vous vient...

mercredi 11 novembre 2009

Retour d'exil d'une femme recherchée d'Hélène Castel


Pour ceux qui aiment: Y a-t-il une vie après la prison de Jean-Marie Montali et Jacques Lesinge

Hélène Castel, un nom qui a fait les gros titres en janvier 2006, quand elle fut jugée pour l'attaque à main armée d'une banque, commise le 30 mai 1980, alors qu'elle était âgée de 20 ans. Deux ans plus tard, Hélène Castel décide de témoigner dans ce livre, pour raconter ses 24 années d'exil, ses "retrouvailles" avec la France, la prison et enfin son procès.

Retour d'exil d'une femme recherchée présente une forme très intéressante. Le livre est divisé en trois chapitres: (1) ses années au Mexique et son arrestation; (2) Fleury-Mérogis, la prison dans laquelle elle passera 12 mois en préventive; et enfin (3) Paris et le procès. Le récit est également entrecoupé de flashbacks sur son enfance, son adolescence et bien sûr le casse en lui-même, qui permettent d'apprendre à connaître Hélène Castel, telle que la femme d'aujourd'hui se voit et analyse sa propre histoire.

J'ai beaucoup aimé suivre ce parcours de vie hors du commun et les réflexions d'Hélène Castel sur l'exil ou l'identité quelle retrouve grâce à son arrestation. J'ai également particulièrement apprécié ses descriptions du milieu carcéral. Comme le dit Nancy Huston dans sa préface, il est rare que les personnes emprisonnées maîtrisent suffisamment les mots pour partager leur expérience avec nous, lecteurs. Retour d'exil... permet donc une plongée, côté détenu, dans la vie d'une prison et dans les coulisses du pouvoir judiciaire.

J'ai cependant deux réserves de taille sur ce livre. La première se rapporte au fond. J'ai failli abandonner ma lecture dès la préface, tant les propos de Nancy Huston, "marraine d'écriture" d'Hélène Castel m'ont irritée. Ses paroles si optimistes, presque idéalisatrices pour cette femme qui a quand même braqué une banque, m'ont profondément ennuyée. Le discours de victimisation sur son arrestation ou sur les conditions d'emprisonnement m'a tout simplement insupportée. Cela me rappelle grandement les discours sur l'arrestation de Polanski. Une femme, ayant commis un crime et ayant fui la justice pendant près de 24 ans, devrait-elle échapper à son jugement, sous motifs qu'elle est devenu mère et psycho-thérapeute??? Heureusement, Hélène Castel est plus mesurée dans ses propos, même si j'ai trouvé ses plaintes sur le système carcéral parfois un peu exagérées. Dans ce sens, je me placerais plutôt du côté de ceux qui lui répètent à plusieurs reprises "Mais vous êtes en prison madame!" Cependant, s'il faut noter un livre et pas ses idées, je reconnais à Retour d'exil... le mérite de pousser à la réflexion et de susiciter le débat.

Ma deuxième réserve concerne le style, auquel j'ai vraiment eu de la peine à me faire. Trop de points de suspension (minimum un par page), de suite d'adjectifs, de phrases sans verbe, qui m'ont au final donné l'impression d'un style parfois prétentieux, mais souvent maladroit.

Retour d'exil... reste cependant un récit intriguant et instructif, qui donne un éclairage intéressant sur un parcours de vie mais avant tout sur le système carcéral et sur les inégalités du système judiciaire.

Après un casse raté, Hélène Castel doit fuir la France au début des années 1980. Elle s'installe au Mexique pour refaire sa vie. Elle y reste vingt-quatre ans, jusqu'à ce que son passé vienne la rattraper, quelques jours seulement avant la prescription de sa peine, et l'envoie en prison. Dans ce récit d'une rare dignité, Hélène Castel va et vient entre sa mémoire et la réalité accidentée de la détention, entre le Mexique qui l'a adoptée et ses " retrouvailles" avec la France... Mettant en miroir ses deux identités, son livre éclaire le chemin singulier qu'elle a dû emprunter dès le moment de son arrestation, jusqu'à son procès fortement médiatisé. Nancy Huston écrit dans sa préface: "Ce qui était grave, ce n'était ni son braquage, rocambolesque et tragique, ni son exil sous un faux nom, ni son arrestation au Mexique par Interpol en raison d'un ordre donné par le ministre français de l'Intérieur [...]. Non, ce qui était grave, c'était la prison. C'était à cela qu'elle avait envie de réfléchir, de cela qu'elle avait envie de parler. C'étaient les lumières de l'ombre que, désormais et de façon urgente, elle avait à cœur de partager."


Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE / catégorie document

D'autres avis chez Armande, et Flora

CASTEL Hélène, Retour d'exil d'une femme recherchée, ed. Seuil, février 2009, 245p.

jeudi 5 novembre 2009

Les Contes de Beedle le Barde de J.K. Rowling


Pour ceux qui aiment: Harry Potter, of course!

Après la lecture éprouvante du Vampire de Ropraz de Chessex, j'avais besoin d'un livre léger. Je me suis donc tournée vers Les Contes de Beedle le Barde, qui regroupe cinq contes que tous les petits sorciers connaissent depuis leur enfance. Il s'agit également du livre que Dumbledore transmet à Hermione dans le 7ème tome. Chaque conte est suivi d'un commentaire de Dumbledore qui nous en apprend plus sur la signification ou l'histoire de ces contes.

J'ai beaucoup aimé retrouver l'ambiance des Harry Potter, lire les commentaires de Dumbledore et en apprendre plus sur les personnages et les créatures magiques du monde inventé par J. K. Rowling. Cette lecture m'a vraiment donné envie de me replonger dans la saga Harry Potter. Le cinquième conte, le Conte des Trois Frères, donne également des indications intéressantes pour la lecture d'Harry Potter et les Reliques de la Mort.

Cependant, je dois quand même dire, que pour la première fois depuis ma découverte d'Harry Potter, j'ai vraiment senti que ce livre faisait partie de la catégorie jeunesse. Le tout est selon moi un peu gentillet et loin d'être aussi passionnant que les aventures d'Harry. Je pense que l'idéal est d'offrir ce livre à un enfant qui découvre le premier tome, pour un joli cadeau de Noël par exemple. La couverture et les illustrations sont vraiment charmantes (mis à part le côté un peu DVD du coffret) et les profits reviennent à l'oeuvre de charité Children's High Level Group qui défend les droits des enfants.

Un joli livre pour les enfants qui découvrent Harry Potter mais de loin pas un recueil indispensable.

Les Contes de Beedle le Barde sont les cinq contes de fées qui bercent l'enfance des jeunes sorciers. Chacun de ces contes a sa magie particulière qui enchantera les lecteurs et les fera tour à tour rire ou frissonner. Les commentaires passionnants et malicieux du professeur Albus Dumbledore qui accompagnent chaque récit seront appréciés des sorciers comme des Moldus. Le professeur y donne de nombreuses clefs et dévoile, par la même occasion, maint détail de la vie de Poudlard.

Un ouvrage magique à garder comme un trésor, enrichi des illustrations originales de J.K. Rowling.


Amazon présente également des photos de l'un des sept exemplaires faits main qu'Amazon a acheté lors d'une vente aux enchères pour le prix astronomique de 2,5 millions d'euros. Une édition collector (en anglais) qui en est inspirée, très belle mais évidemment pas donnée (153 euros), est également disponible sur leur site. Je vous laisse découvrir tout ça ici.

ROWLING J. K., Les Contes de Beedle le Barde, ed. Gallimard jeunesse, déc. 2008, 124p.
ROWLING J. K., The Tales of Beedle the Bard, ed. Children's High Level Group/Bloomsbury Publishing Plc, déc. 2008, 108p.

lundi 2 novembre 2009

Goncourt, prix littéraires, sondage, etc.


Et voilà, le résultat est tombé à 12h45, le Prix Goncourt a été attribué à:

Trois Femmes puissantes de Marie Ndiaye

Marie Ndiaye a obtenu 5 votes dès le premier tour, contre 2 pour Jean-Philippe Toussaint, et 1 pour Delphine de Vigan.

Le Prix Renaudot est quant à lui revenu à:

Un roman français de Frédéric Beigbeder

N'ayant lu aucun de ces deux livres, je ne peux vous faire part de mes impressions. J'ai cependant lu des billets assez mitigés sur Trois Femmes puissantes et je dois dire que le Beigbeder ne me tente pas du tout. Je crois donc, que pour la première fois depuis plusieurs années, je vais faire l'impasse sur les prix littéraires.

Pour plus d'informations, je vous invite à lire les articles du Monde publiés aujourd'hui ici ou ici.


En regardant les résultats du sondage d'octobre, quatre livres récoltent 2 voix, à savoir Trois femmes puissantes, Ce que je sais de Vera Candida, Des Hommes et Mauvaise Fille. Le reste de la sélection récolte 1 voix, à l'exception du roman de Toussaint qui ne reçoit aucun vote.
Je vais pour ma part attaquer très prochainement le livre de V. Ovaldé, vu qu'il fait partie de la sélection du Prix ELLE. Une possibilité de rattrapage pour les récompenses de ce côté-là??? A suivre en mai.

Enfin, pour faire suite au sondage de septembre sur les prix littéraires, je vous livre ces résultats que je trouve assez étonnants et qui devraient faire plaisir aux organisateurs du Booker Prize.

En effet, à la question "A quel prix littéraire faites-vous généralement confiance pour vos lectures?", vous avez été une majorité (8) à répondre le Man Booker Prize. Un avis que je partage d'ailleurs, vu qu'il semble que j'apprécie beaucoup plus les lauréats de ce prix anglophone que ceux du Goncourt par exemple, souvent plus "prise de tête". Ce dernier arrive tout de même deuxième avec 6 votes sur 22. Le reste du classement est composé du Grand Prix des Lectrices de ELLE et du Nobel (5), le Femina et le Prix Médicis (3) et enfin le Prix Renaudot (2).

Et vous, êtes-vous satisfaits, déçus, carrément euphoriques ou totalement dégoûtés des résultats de ces prix? Quel livre récompensé pensez-vous lire cette année?

jeudi 29 octobre 2009

Le Vampire de Ropraz de Jacques Chessex


Note: 3/10
Pour ceux qui aiment: Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé

La mort de Jacques Chessex, le 9 octobre 2009, a fait l'effet d'une bombe en Suisse romande. Toute la presse s'est faite l'écho de la disparition de ce grand auteur romand, seul auteur suisse à avoir été récompensé du Prix Goncourt, pour l'Ogre, en 1973.

J'ai pour ma part toujours eu un problème avec cet auteur. Après une lecture très pénible de l'Ogre, et après avoir assisté à plusieurs de ses conférences lors du Salon du Livre de Genève, le personnage m'a toujours laissé une impression plutôt négative. Mais voilà, à quelques jours d'Halloween, j'ai décidé de lire Le Vampire de Ropraz, pour essayer de changer ma perception, un petit hommage posthume en quelque sorte.

Nous sommes en 1903, à Ropraz, un petit village du Jorat vaudois. La tombe de la jeune vierge Rosa, enterrée la veille, a été profanée de manière horrible durant la nuit. Tout le village s'emballe et une chasse au "vampire" se met en marche. Deux autres profanations suivent et l'affaire défraie la chronique et échauffe les esprits.

Ce livre est apparemment inspiré d'un fait divers. Jacques Chessex, qui habitait justement à côté du cimetière de Ropraz, a repris et romancé cette affaire dans ce court récit. J'ai éprouvé, à la lecture de ce livre, un grand malaise. On a le droit tour à tour à des descriptions horribles de découpage de cadavres, beaucoup de sex**, des éléments pédoph***, zooph***, des longues descriptions de péni* (désolée pour les astérisques mais j'essaie d'éviter que mon blog devienne le repère de pratiques douteuses, grâce aux recherches Google), qui font que ce livre est tout simplement repoussant. Je ne suis pas une grande sensible et les images violentes ne me dérangent pas si elles ont pour but de dénoncer, les travers de notre société par exemple. Mais durant tout le livre, je n'ai pu m'empêcher de penser que Jacques Chessex utilise ces images dans le seul but de choquer son lecteur et ainsi de faire parler de lui. Je trouve la démarche tout simplement malsaine.

Au final, j'éprouve moins de dégoût pour le personnage du Vampire de Ropraz que pour son auteur. Cette lecture, loin de me faire changer d'avis, n'aura fait que confirmer mes impressions suite à la lecture de l'Ogre. Je ne lirai probablement pas d'autres oeuvres de Chessex, en particulier Un juif pour l'exemple, où, une fois encore, j'ai l'impression que Jacques Chessex a utilisé un fait sordide et toujours douloureux dans un but que je soupçonne d'être plus commercial que littéraire. Un gâchis pour moi, car force est de constater que l'écriture est belle...

Reste la disparition d'un grand auteur romand, qui repose à présent dans ce même cimetière de Ropraz. Cet avis étant totalement personnel, je ne peux que vous encourager à vous faire votre propre opinion et à découvrir, si ce n'est les idées, au moins le style de Chessex.

Jacques Chessex, 1 mars 1934 - 9 octobre 2009


En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le couvercle du cercueil soulevé, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Horreur. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme, chacun épiant l'autre au cœur de l'hiver. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Il faut désormais un coupable. Ce sera le nommé Favez, un garçon de ferme aux yeux rougis, qu'on a surpris à l'étable. Condamné, emprisonné, soumis à la psychiatrie, on perd sa trace en 1915. A partir d'un fait réel, Jacques Chessex donne le roman de la fascination- meurtrière. Qui mieux que lui sait dire la " crasse primitive ", la solitude, les fantasmes des notables, la mauvaise conscience d'une époque ?

CHESSEX Jacques, Le Vampire de Ropraz, ed. Grasset, février 2007, 107 p.

Je vous invite également à lire cet article très intéressant, paru dans Le Temps, le 23 octobre, sur la relève littéraire de Suisse romande.

mardi 27 octobre 2009

L'Intranquille de Gérard Garouste avec Judith Perrignon

Gérard Garouste est un peintre d'art moderne reconnu. Si sa peinture s'expose dans plusieurs galeries à travers le monde, on connait moins les aspects sombres de son créateur. Garouste se livre dans ce texte et nous raconte son père antisémite, son enfance, ses débuts de peintre et tente d'expliquer ses crises de folie qui l'ont mené à plusieurs reprises dans des asiles psychiatriques.

Dans L'Intranquille, Garouste est touchant de sincérité, surtout quand il aborde sa dépression. On sympathise avec sa condition, on admire la persévérance de sa femme et on essaie de comprendre. J'ai également bien aimé les passages sur ses débuts de peintre. J'ai par contre été moins touchée par ses considérations sur la religion, bien qu'elles se justifient dans le texte. Je n'ai pas non plus su apprécier à leur juste valeur les descriptions de ses peintures, vu mon manque de connaissances des oeuvres de ce peintre.

Dans l'ensemble, j'ai apprécié ce texte et à titre de comparaison, j'ai préféré L'Intranquille au texte d'Eric Fottorino qui pour moi présentait peu d'intérêt pour le lecteur. Cependant, je confirme que ce type de texte n'est franchement pas mon genre. Je n'aime pas les introspections et les déballages dans la littérature et je n'aurais jamais choisi ce texte de moi-même. Mais là est tout l'intérêt du Grand Prix des Lectrices de ELLE, sortir de nos petites habitudes...

"Je suis le fils d'un salopard qui m'aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m'a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j'ai connu une première crise de délire, puis d'autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l'enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n'ai été qu'une somme de questions. Aujourd'hui, j'ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j'ai compris. "

Gérard Garouste est un artiste internationalement reconnu, ses oeuvres sont exposées dans les plus grands musées du monde. " L'Intranquille " est son premier récit personnel. Judith Perrignon est journaliste et écrivain. Elle est notamment l'auteur, chez le même éditeur, de " C'était mon frère... Théo et Vincent an Gogh " (2006), qui a connu un remarquable succès médiatique et public.


Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 / catégorie document

D'autres avis chez Armande, Sandra M., Marie-Claire et Flora.

GAROUSTE Gérard et PERRIGNON Judith, L'Intranquille, Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, ed. L'Iconoclaste, 2009, 202p.

Image: Le Masque de Gérard Garouste du site de la Galerie Daniel Templon